Mes ballerines préférées viennent de Minorque

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Vous, vous aimez Repetto ? J’aime les modèles, la marque et tout ce qu’elle véhicule, mais le tout ne colle pas à mes pieds. J’y suis mal.

Vous allez me dire, tant mieux, les ballerines, c’est fini. Oui, c’est vrai, les ballerines ont connu leur âge d’or il y a quelques saisons et ont laissé la place aux slippers et autres ersatz de Van’s à élastique. C’est très bien, je n’ai rien à dire là-dessus.

Mais, une ballerine, il n’y a pas à tortiller 100 000 ans, c’est jolie. Ça va à tout le monde et c’est quand même la tatane des meufs qui vont bientôt devenir Princesse (mais si) (matez les Disney, elles portent toutes des ballerines noires quand elles en sont encore au stade pauvresse).

Quand la marque Pretty Ballerinas s’est lancée il y près de 8 ans, j’avais reçu une paire en cadeau pour essayer. Franchement, parfois, c’est tout ce que peut faire une marque pour attirer l’attention quand elle est noyée dans la concurrence : envoyer le produit en vrai aux journalistes. Et de temps en temps, ça accroche.

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Depuis, j’ai toujours gardé en tête cette marque. Regardé de près les modèles dans la boutique place de l’Opéra à Paris (mais si) (à côté de la BNP sur le boulevard de l’Opéra) (vous voyez pas ? Cette boutique avec écrit Mascaro dessus?). Et souris en coin quand je voyais les Sienna Miller, Olivia Palermo, Kate Moss et autres Kate Middleton voir leurs chaussures créditées Repetto dans la presse alors que je reconnaissais des Pretty Ballerinas.

Personnellement, je les trouve plus confortables. Moins souples, avec une semelle un peu plus épaisse et un meilleur maintien du pied. Pour résumer, ce ne sont pas des chaussures conçues pour la danse comme les Repetto.

8 ans plus tard, j’ai découvert que ces ballerines étaient entièrement fabriquées à Minorque. Dans une usine que Monsieur grand-père Mascaro a ouvert il y a près de 100 ans, et qui existe toujours. Elle fabrique près de 2000 paires par jour, 500 000 par an (oui oui ça marche très bien dans le monde entier) (force est de reconnaître que la marque est fort méconnue en France). La petite-fille Mascaro, Ursula, dessine maintenant les modèles de toutes les lignes Mascaro, y compris Pretty Ballerinas. Le tout sur l’île de 56 km de long et 80 000 habitants tapie au creux des Baléares dans un environnement ultra protégé et sauvage.

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Comme je le disais sur mon Instagram (@doctorshooooes) la semaine dernière, j’adore les usines. Certains se sentent bien dans les églises, y perçoivent une plénitude même sans être religieux. Je me sens chez moi dans ces manufactures-cathédrales. Les gens qui travaillent, concentrés et que l’on salue. Les caisses de toutes les couleurs, le bruit des machines, les odeurs de colle (bon, c’est pas bon pour la santé mais faut reconnaître que ça sent bon la colle pfiou), les vieux meubles là depuis 60 ans, les bouts de cuir de toutes les couleurs, les matières premières… la beauté des lignes, des axes, des empilements. Je viens du théâtre, je voulais être metteur en scène (je vous l’ai déjà dit non?) et il y a comme une scène naturelle qui se déploie devant moi et qui me donne envie de raconter des histoires. Un jour peut-être, je m’y mettrai. Je ferai un Bonheur des dames moderne au milieu des marteaux et des peaux de zèbre.

Viendez les amis, je vous montre.

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Sur des étagères, des dizaines de formes en plastique s’alignent  les unes à côtés des autres. Elles viennent du jus de cerveau des designers. Après avoir inventé une ligne, ils doivent en définir les proportions idéales afin de les transmettre aux modélistes 3D.

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Le geek à lunettes qui passe sa journée à modéliser en 3D les différentes parties de la chaussures.

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Pour que toutes ces parties s’assemblent à la perfection.

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Et que l’ouvrière dédiée à l’assemblage des pièces et à la couture du gros-grain n’ait que cette tâche à accomplir. J’ai essayé d’essayer. Il m’aurait fallu 3 jours entier pour en faire un proprement je pense, elle en fait des centaines par jour.

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Les designers choisissent les matières et les couleurs sur des dizaines et des dizaines de cartes couleurs. Comme ici avec le gros grain qui borde les ballerines. Chaque matière doit s’accorder à la perfection avec sa bordure, le diable étant dans les détails.

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Vous voyez ? Le rose qui colle à la perfection avec le rose du raphia et du verni, ou bien qui contraste à merveilles avec le python. Tout un art.

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Pour les cordons, même topo. Les addicts de la couleur comme moi en sont à avoir envie de lécher le matos tellement c’est envoûtant.

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Dans une usine, il y a des dizaines d’ouvriers spécialisés. Chacun produit une tâche particulière dont eux-seuls ont la main. Parfois, vous passez devant une dame qui entortille des bouts de chaussures autour d’une machine. L’important est de lui sourire d’un air entendu. (le patron vous dira plus tard qu’il s’agit d’aplatir le devant de la chaussure en vue du moulage).

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Cette machine-là découpe au laser les différentes parties en cuir de la chaussure. L’ouvrier programme la machine pour qu’elle rentabilise au mieux le morceau de peau et qu’il y ait le moins possible de perte. Dans une ballerine, la matière première en cuir représente  environ 7 euros (juste le cuir). Cela monte à 15 euros si c’est du cuir velours, 25 euros du poney et 45 euros pour du python.

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Les bords, les coutures, tous les détails doivent être parfaits. Les couleurs et vernis, préparés à la main, sont à dispo dans toutes les teintes.

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Chaque pièce une par une, à la main. Vous comprenez pourquoi c’est cher de fabriquer une paire de chaussures ? C’est un vrai produit manufacturé, nécessitant de nombreux savoir-faire et artisans.

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Les formes par millier, ce sont elles qui vont donner leur rigidité aux chaussures. Chez Pretty Ballerinas, il faut quatre semaines pour sortir une paire de l’usine.

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Les commandes sont prêtes à partir. Toutes vérifiées et préparées pour la vente. On est casse-pied, nous les filles, faut que tout soit parfait quand on ouvre la boîte.

 

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Le best-seller de Pretty Ballerinas. La ballerine en verni rouge, noir, bleu marine et blanc.

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Toutes les photos sont du docteur Shooooes, qui (oui vous êtes forts) a passé deux jours à Minorque la semaine dernière. Je vous recommande chaudement de vous rendre sur cette île paradisiaque, ultra protégée. Il n’y a aucune construction (les restaurants et même les petits chiringuitos sont interdits sur les plages), les plages se gagnent en marchant (1h en général) ou par bateau. Allez boire un verre le soir à l’hôtel Can Faustino, c’est un ancien palais coincé dans les petites rues de la Ciutadella de Minorque (vous l’avez peut-être vu sur mon Instagram si vous me suivez).

Et en cadeau (de bienvenu pour les nouveaux lecteurs), mon incapacité chronique à prendre un bon selfie de ma personne (je ne suis pas faite pour me regarder moi-même qu’est-ce que vous voulez et tant mieux!)

moi

NAN MAIS LA CRÈME SOLAIRE QUOI ! MATHILDE, THINK !!!

Aidez moi à devenir célèbre, ça fera plaisir à ma mère. Partagez :

12 commentaires

  1. Clao - 15 juin 2016 - Répondre

    Je comprends ta fascination pour les usines, pour moi elle a commencé quelque par vers le CP quand j’ai ENFIN su lire, et que j’ai commencé à tout lire : passion mode d’emploi, boite de céréales à peine réveillée et TOUTES les étiquettes en plus du dictionnaire en cas d’ennui… Et puis est arrivé le collège les cours de techno et une fascinante vidéo sur le moulage d’ustensiles plastique, tout cela s’est mélangé dans ma tête avec un non moins fascinant reportage sur l’agroalimentaire. La « magie » m’était révélée et a nourri mon étonnement face à ces étalages de nourriture formatée aux étiquettes d’ingrédients mystérieux. Ça et la lecture des Chroniques martiennes de Bradbury !
    Bref, cette curiosité s’est étendue à presque tout depuis et si mon métier est éloigné de toute usine il me donne parfois l’occasion d’en visiter et j’adore !

    1. Dr Shooooes - 16 juin 2016 - Répondre

      @Clao Comment on fabrique le monde, c’est passionnant ! Ton commentaire est très touchant, merci de l’avoir partagé :)

  2. Rouletabille - 15 juin 2016 - Répondre

    Qu’elles sont jolies ! Malheureusement les ballerines me font toutes mal aux pieds, trop plates … Cette marque fabrique-t-elle d’autres types de chaussures ?

    1. Dr Shooooes - 16 juin 2016 - Répondre

      @Rouletabille Alors, moi non plus, je ne porte pas de ballerines complètement plates mais avec un petit talon. Sinon j’ai mal au dos, mal aux pieds. Et Pretty Ballerines fait des ballerines avec 1 cm ou même 3 cm de talon. Et ça change tout ! Sinon, chez Mascaro, qui est une marque plus « chic et confort » que « fashion à tous prix », il y a pleins de talons 4 cm. ET j’ai notamment ramené de Minorque une paire de sandales noires toutes simples (genre Jackie Kennedy en vacances) avec petit talon carré de 3,5 cm. Des chauchons !! :) SI tu habites à Paris va voir la boutique à Opéra. bises

      1. Rouletabille - 16 juin 2016 - Répondre

        Merci j’irai ce WE faire un tour !

  3. Gaëlle - 16 juin 2016 - Répondre

    J’ai eu une grosse période ballerines qui m’est un peu passée, vu que je me suis un peu tassée (l’âge et les apéros…) mais je continue d’en porter de temps en temps, genre pour aller chez Monop vite fait, y’a qu’à les enfiler, c’est quand même vachement pratique et plus élégant que les tongs.
    J’ai des Repetto mais c’est vrai qu’elles sont si fines qu’elles vieillissent mal. Pour être plus confort, je colle sous la première de propreté une talonnette en silicone (?) et cuir, qui fait 1 cm d’épaisseur et a un côté rebondissant fort appréciable ;-)

    1. Dr Shooooes - 17 juin 2016 - Répondre

      @Gaëlle super tips! Merci Gaëlle, et tu les achètes ou ?

      1. Gaëlle - 17 juin 2016 - Répondre

        Au sous-sol du BHV ;-)

  4. Julie - 17 juin 2016 - Répondre

    Je n’ai jamais testé Pretty Bellerinas étant une inconditionnelle de Repetto ! Mais effectivement elles ont des chouettes coloris… mais le fait d’habiter à une heure de l’usine Repetto et de son magasin d’usine (lieu de perdition…) fait de moi une Repetto-addict !

    1. Dr Shooooes - 17 juin 2016 - Répondre

      @Julie Lucky Girl :)

  5. Naomi - 17 juin 2016 - Répondre

    Cet article me fait si plaisir ! Pretty Ballerinas m’a toujours fait rêver (et pourtant je ne suis pas une fille à ballerines… plutôt derbies de mec). Mais ces ribambelles de petits chaussons colorés… Je m’imaginais telle Audrey Hepburn avec mon pantalon 7/8 taille haute et mes petits pieds bien à plats dans leurs ballerines… Fantasme absolu.
    A tel point qu’il y a quelques années j’ai commandé une paire en poney léopard au Père Noël (hein ? QUOI ?!! il n’existe pas ???!!! pff n’importe quoi, puisque j’ai reçu ma paire), et depuis… je les aime d’amour. C’était, je crois, il y a quatre ou cinq ans, et elles sont toujours en parfait état. Le motif léopard est magnifique. Le prix est totalement justifié, on y est comme dans des chaussons.
    Petite anecdote supplémentaire : quand on a reçu le colis et qu’on a ouvert pour vérifier si la pointure était bonne, ma mère s’est écriée « Ohlàlà elles sont trop MINOU ! ». Cette expression n’existe pas, mais je confirme que ces ballerines-là, elles sont vraiment trop minou.
    En tous cas, je m’en offrirais bien une nouvelle paire !
    Et je comprends ta fascination pour les usines… moi, ça me fait penser aux coulisses des théâtres et opéras, avec toutes ces poulies, ces gens qui s’activent pour que tout sur scène se passe le mieux possible. Le spectacle, ici, c’est la jolie ballerine. :)
    Bises, Mathilde !

  6. Rose - 19 juin 2016 - Répondre

    Je comprend d’autant mieux la fascination pour les usines de chaussures que j’en ai fait mon métier… Comme qui dirait je suis tombée dedans en sortant de l’école et je n’en suis jamais sortie !! Ce savoir faire est juste magnifique depuis le dessin du styliste puis le choix de la forme (qui détermine toute la suite !) le choix des cuirs et de tous les accessoires et enfin la réalisation du premier prototype qui est un peu comme la naissance de ce bébé tant désiré !! Quand je suis dans l’usine je « vis » le produit, je parle avec les ouvriers qui sont passionnés par leur métier et quand bien même on ne parle pas la même langue, le langage des passionnés de chaussures est universel, on regarde tous les détails, on caresse le cuir, on passe le doigt avec amour sur les coutures, on vérifie le confort de la cambrure, on hume le produit… Le tout dans les odeurs de cuir, de colle, la chaleur des fours, le bruit des machines…. Quelle joie lorsque les « petits » arrivent au bureau et que l’on découvre la totalité des produits pensés, mis au point, bichonés pendant les quasi 6 mois de gestation !
    Derrière tous ces modèles que vous portez au quotidien ou ceux qui vous font rêver voire fantasmer il y a un savoir faire extraordinaire et un travail de dingue.
    Bises à toutes (et à tous !)
    Rose

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