Peut-on trouver des chaussures qui nous ressemblent ?

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J’ai parfois l’impression de jouer toute ma vie sur le prochain achat un peu chéro que mon portefeuille va devoir avaler.

Je me fixe une mission monumentale:  il doit être le plus parfait possible. S’entendre aussi bien avec tous ses futurs amis composant mon dressing qu’avec l’histoire que je veux raconter avec mon corps et mon look.

Je positionne mon viseur sur une cible et j’y pense de manière obsédante.

Car si je me loupe… Horreur dans laquelle je ne peux même pas me projeter ! (comment ça c’est un très bon prétexte pour masquer des angoisses?) (je ne vois vraiment pas)(j’ai juste la rentrée des mômes, un 3eme qui arrive, Maison et Objets pour mon mec, un film en prépa)(je suis super bien)(je vous jure) (mais quoi?!)

Bref, je suis obsédée par cette paire de bottines multi-brides en daim noir de chez Toga Pulla. Une marque japonaise qui fait des pompes très très rock (que vous allez encore me reprocher de vous faire connaître) dont ce modèle est un best-seller. Je les ai vues en vraies chez Spree, l’une des meilleures boutiques multi-marques de Paris et qui se trouve juste en bas de chez moi à Montmartre. Plus je vieillis, et plus j’apprécie les sélections réduites de ces magasins au goût exquis. Certes, je n’ai pas tout ce qui existe sur le marché sous les yeux, mais je dois reconnaître que trop de choix m’épuisent.

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À l’opposé, j’ai aussi envie de ces fameuses ballerines bicolores Chanel. Une vraie snobité tant leur prix contient 68% de la paye des Paradis mère-fille, de Keira Knightley et autre spot ultra dispendieux de la marque. Mais leur aura intemporelle me submerge. J’ai l’impression de chausser toute l’histoire des femmes, le tempérament de Coco et la classe intello de Simone, je me sens comme la petite dernière d’une lignée de personnalités fondatrices du 20ème siècle (rien que ça). C’est plus le background de ces pompes qui me séduit que leur design. Elles sont old school. Elles peuvent me planter un couteau de 10 ans dans le dos. Ce sont des chaussures d’un autre temps.

Tandis que les Toga Pulla sont de l’air du temps. Je ne dis pas DANS l’air du temps, parce que leur allure cow boy boots a un peu vécu depuis le lancement des Susanna de Chloé et autre Dicker d’Isabel Marant mais DE l’air du temps. C’est de cette allure un brin rock&folk que le début du 21ème siècle est fait. Cette « dégaine » qu’Isabel Marant a inventé et propagé dans le monde entier. Et c’est précisément ça qui me chagrine : c’est pas hyper pointu pour un Docteur qui se revendique de la Shooooes. Est-ce que je ne devrais pas porter QUE des pompes qui envoient du pâté de tatane ? Des trucs qui satellisent une allure ?

Je pourrais chercher pendant des heures quelque chose qui soit assez fort, mais portable, avec du rose dessous et de l’orange derrière, du doré au-dessus et du plastique sur le bout. Ça m’occupera la matière grise pendant des heures. J’adore me projeter dans une forme fantasmée de moi-même et inventer une Mathilde qui « pourrait » se mettre à exister. Mais, au final, qu’est-ce qui se passera ?

Oh je trouverai, faites-moi confiance. Y en a pas deux comme moi pour acheter des shoes bizarres que je vais porter.

Si si, je vais les porter.

Si.

Je ne vais pas tout le temps les mettre, nuance. Je ne les sortirais que quand j’aurais besoin du double fantasmé de moi-même. Que ses vêtements et ses chaussures protègent. Par exemple, pendant la Fashion Week quand tout le monde est à l’image des tweets devenus célèbre de Loïc Prigent : aussi gentil qu’on peut être méchant. Pour faire court, quand je convoque la fille  qui n’est pas moi.

Mais là, c’est le vertige. Qu’est-ce qui est moi ? C’est la page blanche et je n’aurai sûrement jamais de réponses. Une pensée qui pourrait m’effondrer mais qui en réalité m’excite. C’est tout le sel de la fascinante quête spirituelle qui s’incarne dans celle du vestiaire parfait. Plus on est sensible à la recherche de soi, plus on triture sa penderie.

Pour, in fine, trouver un jour son véritable style.

Mais.

Franchement.

Qu’est-ce qu’on en ferait ? À part devenir des pantins qu’on dessine comme Chantal Thomass et Karl Lagerfeld ?

Alors, je me demande si ces bottines « cow boy » sont légitimes dans mon histoire ou si c’est une teinture de l’air du temps sur moi. Dans ce dernier cas, le pire se profile : je n’aurai donc pas de personnalité ? Je ne porterai que ce que l’industrie me dicte pernicieusement ?

Et puis, je repense au CM2. À cette fille qui a traversé la cantine en santiags et jupe à carreaux et que je n’oublierai jamais. À ces autres santiags, des André, que j’ai forcées ma mère a acheter sous la menace. La boots de cow boy est inscrite dans les arcanes de mon désir dès l’enfance. Du coup, c’est bien moi ça, non ?

Ouf.

Oui, mais… Est-ce qu’on n’avait pas dit que la petite fille en nous ne devait pas forcément être le despote de nos rêves d’aujourd’hui ? Que c’est pas parce que la petite fille voulait se marier au Crillon que si on ne le fait pas à l’âge adulte, on a raté sa vie ?

Du coup, je devrais peut-être choisir plutôt des bottines rouges ? Je crois que je n’en ai jamais eu. Oui mais, c’est pas hyper à la mode cette saison ? Bah si. Du coup…

Je vous fatigue hein ?

Vous êtes toujours là ?!

(tout ça pour une malheureuse paire de boots)

J’ai besoin de followers pour fanfaronner auprès de mon ex. Partagez :

9 commentaires

  1. Café Mode - 10 septembre 2016 - Répondre

    J’adore j’adore. Moi les santiags de mes dix ans étaient grises et j’y pense encore aussi.
    T’as lu Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kaprièlan? 281 pages de réflexion sur le pourquoi du comment on achète pour celle qu’on voudrait être.

    1. Dr Shooooes - 10 septembre 2016 - Répondre

      @Café Mode Je m’étais précipitée dessus à sa sortie tu veux dire ! Je l’ai annotée comme une folle. Mais bizarrement, je n’y suis jamais retournée depuis…
      J’adore cette fille, je rêve de l’interviewer. J’y ai pensé pour le blog. C’est marrant quand même cette adoration généralisée pour les santiags… Un truc dans la forme qui résonne peut-être. Des bises :)

      1. Café Mode - 10 septembre 2016 - Répondre

        Moi aussi je l’ai beaucoup annoté. Il y a plein de longueurs, mais elle m’a touchée. Les santiags, pfff, t’as pas fini de faire des posts dessus. Entre les talons, les broderies, les cuirs, l’Amérique, le pouvoir que ça donne… il y a tellement à dire!

        1. Dr Shooooes - 10 septembre 2016 - Répondre

          @Café Mode Le pouvoir que ça donne… T’as raison. C’était le petit mot final qui me manquait pour passer à l’acte ! ahaha. Dommage que je sois à la campagne loin de la boutique. Sur Nelly, oui, il y a des longueurs, le livre n’est pas très bien construit. Avec le recul, c’est plutôt un grand fourre-tout foisonnant. C’est sans doute un sujet trop brûlant pour qu’un jour quelqu’un sorte un truc super bien ficelé !

  2. Gaëlle - 10 septembre 2016 - Répondre

    Ah je les avais repérées, ces Toga, y’a longtemps, et puis je les ai oubliées… Toutes ces boucles, ça me rappelle inexorablement les « sorcières » d’une copine « dark wave », au lycée. Je ne sais pas si tu en voyais aussi ! Bref, comme j’avais réussi à les oublier, je me suis dit qu’elles n’étaient pas pour moi.
    Sinon, je comprends ta situation de prêtresse de la shoes qui doit être chaussée du dernier cri, mais la statement shoe, comme on dit, elle coûte une blinde pour une durée de vie plutôt limitée… et j’ai l’impression qu’il y a toujours un moment où tu ne peux plus la voir en peinture.
    Là, ma nouvelle lubie, et c’est quasi raisonnable, en terme de style en tous cas, ce sont des bottines en velours vert (mais alors, un vert de maboule, genre mousse, et on dirait du velours de soie alors que c’est du veau, je crois)(bref) de Michel Vivien vues au Printemps. Limite je les vois en rêve. Le hic, hormis leur prix, c’est qu’elles sont un peu hautes (genre 9 cm, je dirais, ou alors 8,5…) et que plus ça va, moins je m’en sors avec les talons, surtout que je cavale en métro toute la journée. J’aime aussi beaucoup leur nouvelle bottine plate, le modèle Ada, mais ils ne l’ont pas faite dans ce vert, dommage…
    Help me !!!!!!!!!!!!!

    1. Dr Shooooes - 13 septembre 2016 - Répondre

      @Gaëlle Mais ouiiiiii je le vois ce vert de ouf sur ces bottines… Mais effectivement le talon est trop haut. Peau fragile (quand même) + hauteur pas easy = investissement pas méga rentable. Mais je vais t’envoyer un petit mail cet aprem, qui, si tu ne l’as pas reçu va te faire plaisir, checke ! :) bises

      1. Gaëlle - 13 septembre 2016 - Répondre

        Haha, pas méga rentable, tu as mis le doigt dessus ! J’ai fait un tour au Bon Marché cet aprem, et la responsable du corner (que je connais un peu, elle était au Printemps avant), m’a dit qu’ils recevraient une bottine verte en 7,5 cm de talon… On verra !
        Je suis très curieuse de savoir ce qu’il y aura dans ton mail… Suspense !
        Bises

  3. HappyLilly - 12 septembre 2016 - Répondre

    J’ai refermé le livre de G.Doré hier (oui des mois après tout le monde. Je me disais qu’elle finissait par m’agacer et je n’aime pas beaucoup les leçons de mode/de vie. Finalement, je l’ai lu d’une traite). Quel rapport avec ton article?! J’y viens: elle parle longuement de « celle qu’elle voulait être », cette sorte d’autre soi qu’on voudrait projeter aux autres mais aussi, surtout, à soi-même Du coup, j’y pense. Et je me dis que j’ai envie (à 42 ans, c’est temps) d’essayer de me comprendre (pas dans le genre Marie Condo hein, trop ranger et trop maitriser, je trouve ça pas trop sain. Même si ça doit être vachement agréable quand même!). #pastropsainexcuseàlacon
    Non, j’ai envie de voir si en fait mon truc ce n’est pas la chemise d’homme et le bon jean. Et une bonne paire de boots made in USA. J’ai une photo de moi, habillée « n’importe comment », à l’arrache et finalement, c’est une des rares ou je m’aime!!! (une paire de vraies boots de chantier, un jean pourri entré grossièrement dans les boots, un sweat gris chiné avec un drapeau américain, un casquette US et un beau manteau bleu-marine)
    Donc, j’y reviens, ton questionnement au sujet des boots m’intéresse. Je m’attendais à des shoes bien plus chères (elles sont chères pour moi, nettement trop. Mais jolies comme elles sont, je m’attendais à voir un 6 ou un 7 en 1er chiffre.). J’aime les shoes fantasques et puis parfois je me dis que plus elles sont basiques et plus elles sont qualitatives, plus elles laissent croire que le « reste » est important surtout s’il est encore plus discrêt. Même si on ne voit qu’elles. (je me demande si je suis claire, Doc’). Sauf qu’un jour où je me sentais parfaitement sapée à mon goût, mes collègues m’ont dit « ce qu’il y a de bien avec toi, c’est que clairement, t’en as rien à foutre des fringues ».
    ça m’a mis un coup, tu sais. Clairement!
    C’est le foutoir mon commentaire. Pardon. (mais on peut tout dire à son toubib nan?)

    1. Dr Shooooes - 13 septembre 2016 - Répondre

      @HappyLilly « ce qu’il y a de bien avec toi, c’est que clairement, t’en as rien à foutre des fringues ». Mais c’est ce qu’on appelle « l’effortless » à la française : on a l’impression qu’on s’est habillée par hasard mais non ! C’était tout un art. Je pense que tes collègues ne voulaient pas dire que tu étais mal sapée, mais plutôt que tu n’y accordes pas plus de temps que ça. Et c’est vrai non ? Personnellement, j’avoue que je n’accorde pas aux vêtements plus d’importance que ça non plus… J’adore ça, mais il faut que ce soit simple à vivre. Je suis même capable d’un total laisser-aller en vacances ou à la campagne. Tes collègues parlaient de ce détachement-là je pense.
      Difficile de s’autoriser à être soi-même avec la pression qu’on subit sur l’apparence. Réussir à mettre la main en boutique sur l’objet qui nous ressemble et laissez s’éloigner celui qui est l’image que l’on souhaite projeter (et donc qu’on portera avec moins de bonheur) s’apparente vraiment à une quête de soi. Puit sans fond que nous-même ! :) bises PS : j’ai vu chez Zara des santiags noires avec des empiècements en forme d’étoiles noires elles-aussi… canons ! Va voir sur le site !

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