Fred Marzo, ou comment lancer sa marque de chaussures.

Quand je rêve ma vie pour savoir ce qui me plaît le plus au monde (à part les chaussures), je réalise que la réponse est de rencontrer les gens pour comprendre comment ils font, eux, pour gérer tout ce bouzin qu’est la vie. Et donc (pour ne pas sortir du sujet) (on pourrait parler des heures sinon), de rencontrer des créateurs de chaussures pour savoir comment ils font, eux, pour gérer tout ce bouzin qu’est la mode.

Et puis, écouter les autres raconter comment ils sont allés au bout de leur rêve, c’est jubilant de beauté et de motivation, non ?

Alors, pour tous ceux qui se posent la question de comment lancer sa marque de luxe, voici ce qu’en pense Fred Marzo. L’un des ptits jeunots de sa génération qui a le plus de personnalité et de choses à dire, je trouve.

À son actif, Titine, l’escarpin avec le bord qui remonte sur le pied, comme une vague, et fait une cambrure ambiance Marylin Monroe à TOUTES les filles qui enfilent une paire. Ci-dessus, les modèles de sa collection automne-hiver 2013.

L’autre jour, j’ai reçu un mail me demandant comment on devenait créateur de chaussures, quel est ton parcours à toi ?

Après l’obtention de mon Brevet de Technicien « Création Mesure » à Cannes, je suis monté sur Paris pour mon diplôme de stylisme au Studio Berçot. Mon parcours professionnel a commencé chez Stéphane Kélian. Après une brève expérience en Italie j’ai travaillé chez Christian Louboutin sur la maroquinerie et ensuite, chez Sartore depuis maintenant 6 ans.

Lancer sa marque de luxe, quel challenge en-ces-temps-de-crise, qu’est-ce qui t’a poussé à sauter le pas ?

J’avais besoin de changement sur le plan professionnel, et envie de m’exprimer d’avantage. Depuis la fin de mes études, j’ai toujours eu le désir d’avoir ma marque. Il fallait juste se lancer!

Pour lancer sa marque, il faut avoir quelque chose à dire, c’est quoi ton pitch ?

Je souhaite proposer des souliers élégants et féminins sans vulgarité. Une chaussure qui mette en valeur la femme avec un twist moderne/Vintage et des lignes épurées. Actuellement, je trouve que les marques sont dans une telle surenchère que la notion d’élégance est vite oubliée. La femme est belle alors pourquoi la rendre ridicule? (c’est un coeur ce Fred, hein ?) (parce que, le pire, c’est qu’il est sincère !)

C’est une question un peu bateau, mais QUI t’inspire ?

Je ne fantasme pas sur une femme en particulier mais plutôt sur une attitude, une élégance un peu perdue, comme celle de Grace Kelly par exemple. J’aime les femmes qui imposent leur style, qui portent les choses qui leur vont, sans être soumise aux tendances du moment.

Pourquoi avoir choisi la gamme « luxe » ?

Parce que j’aime les belles peausseries ! (Et quand la matière première est belle, le prix est inévitablement élevé…)

C’est quoi ta technique pour créer tes souliers ?

Question difficile ! Car avec ma marque (Fred travaille aussi en free lance pour Sartore, voir plus bas), je ne réfléchis pas, tout est à l’instinct. Je peux être devant la télé à 11h du soir, avoir subitement une idée et attraper à la hâte mon carnet de croquis!

Comment faire pour exister face aux Goliaths que sont les grands groupes de luxe ?

On ne peut pas rivaliser face aux moyens dont disposent les grandes marques et je ne le souhaite pas ! Je fais mes « petites » collections dans mon coin, j’y prends beaucoup de plaisir, j’essaye de me faire connaître et je propose un service de demi mesure pour satisfaire au mieux mes clientes. Une chose est certaine si on veut pouvoir se développer ou, du moins, avancer, il ne faut pas compter ses heures!

Concrètement, quelles ont été les plus grandes difficultés lors de la création de ta boîte ?

La partie financière est LA difficulté majeure, surtout dans les chaussures… La réalisation des prototypes est un énorme investissement, puis l’avance de trésorerie pour lancer la production… Il est indispensable que quelqu’un croit en toi. Par exemple, l’usine peut te soutenir en acceptant des petites quantités de commandes au début ou en t’aidant sur les prototypes.

Qu’est-ce qui te semble le plus important à considérer quand on monte sa marque ?

Le plus important est de ne pas se précipiter. Il faut bien étudier le moindre détail. D’abord bien cerner le marché par rapport au produit que l’on souhaite proposer. Et surtout, considérer que l’on passe moins de temps à créer et plus de temps à l’administratif ! Il faut bien étudier tout cela car il y a beaucoup de surprises ! Et puis, il faut écouter son instinct car, comme on dit, les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

Du coup, comment (sur)vit-on quand on est un jeune créateur ? (en gros, qu’est-ce qu’on dit à papa et maman?)

On vit sur un nuage ou… complètement angoissé, comme on peut ! Les premières années sont dures, heureusement ma famille et mes amis m’ont toujours soutenus. On peut aussi travailler en free lance pour d’autres marques et ainsi gagner sa vie tout en faisant ce qu’on aime. Sartore me permet de faire l’équilibre financièrement mais aussi du point de vue stylistique. C’est enrichissant et très important de ne pas être centré seulement sur sa marque.

En quoi est-ce important de travailler pour quelqu’un d’autres ? On pourrait penser l’inverse…

Parce que je ne m’enferme pas sur ma marque. D’une part, c’est un travail créatif très différent. Et d’autres parts, comme ce n’est pas mon entreprise, je ne suis pas impliqué dans les décisions stratégiques ou économiques qui sont très stressantes ! Je propose des styles et ils sont validés ou pas. Au départ, cet univers n’était pas évident pour moi, mais aujourd’hui j’arrive bien à cerner l’adn de la marque, le côté bottier et sellier. La démarche est à l’opposé de celle de Fred Marzo.

Des rêves, Fred ?

Je rêve constamment… Mais pour être concret, j’ai des projets pour la marque comme une boutique Parisienne, quelques modèles pour homme ou encore de développer la maroquinerie… Je prends mon temps mais j’y pense.

P.S. : Si vous avez des questions, posez-les et je toquerai à la porte de Fred pour lui demander des réponses ! Je suis sûre qu’il sera d’accord.

Savez-vous que partager réduit l’apparition des rides et ridules ? Essayez :

20 commentaires

  1. Iris in London - 8 novembre 2013 - Répondre

    Ca y est je suis amoureuse! Un sourire charmeur et des chaussures a tomber par terre! :)

  2. candidus pointillus - 8 novembre 2013 - Répondre

    oui enfin bon après elles ne sont pas obligées de marcher

  3. Géraldine - 8 novembre 2013 - Répondre

    moi! une question! est-ce qu’il peut m’ajouter à la liste des bénéficiares des ventes privées??!!! :D

  4. Naomi - 8 novembre 2013 - Répondre

    J’ai découvert les créations extrêmement désirables de Fred Marzo par hasard en flânant sur un célèbre site de vente de chaussures en ligne. Elles sont splendides, d’une élégance rare, voire presque inexistante actuellement…
    Finalement je suis un peu une shizophrène de la shoes, autant capable de me pâmer devant les sucreries de Sophia Wester que devant la finesse des souliers de Fred Marzo…

  5. Joce My je-ne-sais-quoi - 10 novembre 2013 - Répondre

    Je ne connaissais pas cette marque, très belle découverte.
    J’aime beaucoup le côté rétro des escarpins.
    Interview très intéressante.

  6. fashionbel - 13 novembre 2013 - Répondre

    Elle sont jolies ces chaussures !! Ce style un peu courbé donne un grand charme aux escarpins.

  7. eveange66 - 14 novembre 2013 - Répondre

    Ah que j’aime sa remarque « pourquoi (rendre les femmes) ridicules »… Tout ce que je pense et clame depuis des années : une belle chaussure doit mettre en valeur le pied, la jambe, la femme, et non pas se lancer dans la surenchère pour cacher le manque de technicité ou de confort. Souvent (hélas), le plus est l’ennemi du bien. Les chaussures Marzo n’ont pas besoin de « fioritures » pour magnifier la jambe. Cela me rappelle le travail de Charles Jourdan, qui, s’il faisait aussi des souliers fantaisies, n’avait pas franchis le pas de la surenchère. Et ces chaussures étaient des merveilles (bien sur, je parle des chaussures Charles Jourdan de la belle période, pas celle des horreurs de la marque racheté par un truc ricain qui a tout saccagé hélas).

  8. Luana - 19 novembre 2013 - Répondre

    Pour créer des chaussures sans vulgarité encore faudrait-il que la matière première soit exemple de souffrance. Or, il n’en est rien, étant donné que les vaches et les veaux que ces « élégantes sanguinaires » (à mes yeux, elles sortent plutôt tout droit d’une caverne) portent à leur pieds ont vécu une vie de souffrance dans les élevages intensifs avant de d’être abattus à la chaîne dans des conditions abominables et inhumaines. Où est l’élégance dans ce procédé ? Je vous le demande…

  9. Bon pied bon oeil - 15 décembre 2013 - Répondre

    Lancer une marque, qui plus est dans le luxe, nécessite généralement beaucoup d’investissement. Je pense que le marché de la chaussure est saturé sur certains segments mais que dans le créneau plutôt haut de gamme il y a de la place pour les plus créatifs

  10. nab - 2 janvier 2014 - Répondre

    je voudrais savoir comment a t il fait pour trouver des fournisseurs, quel est le processus de fabrication pour créer une marque de chaussure, combien faut il levé en fond pour mettre en place une entreprise de ce genre, faut il avoir de l’expérience ou être un designer

  11. Philippe - 30 janvier 2014 - Répondre

    Très beau retour d’expérience…pas forcément évident de se lancer par les temps qui courent dans le textile ou la mode.
    Bravo à Fred

  12. MB - 20 avril 2014 - Répondre

    Article super qui nous en dit temps sur la mode et sur la creation de marque

  13. sac Christian Lacroix - 17 juillet 2014 - Répondre

    Créer sa propre marque, c’est plus ou moins tentant, mais cela reste mon avis. En effet, j’ai du mal à penser que je pourrais un jour concurrencer les marques déjà connues. En tout cas, merci pour l’article, bon nombre de ce qui l’a lu vont surement méditer sur le sujet. À bientôt.

  14. Carole - 11 mai 2016 - Répondre

    Bel article, les chaussures sont séduisantes et la simplicité revendiquée fait du bien !
    Ceci dit, j’ai l’impression qu’il s’est beaucoup inspiré du modèle Scarla d’Apologie…
    « Copie inspirée ou inspiration copiée ? » pour reprendre une expression bien connue ;)

  15. Mickael - 23 juillet 2016 - Répondre

    J’Ai déjà fait à marque mais je ses pas ou en peux faire sur chaussures Arès je vais vendre jai besoin d’aide pour le moment

  16. Clara - 28 décembre 2016 - Répondre

    Bonjour Mesdames monsieur, Je suis une auto entrepreneuse qui veut lancer une ligne/ une gamme de production de chaussures connectées pour femme. Dans un premier temps, j’aimerais faire fabriquer un prototype en France et par la suite passer à la production. Je voudrais savoir si vous pouvez m’aider à trouver un fabriquant. Merci de votre attention et veuillez recevoir mes salutations distinguées et meilleurs vœux pour 2017.
    Cordialement Clara
    vous pouvez me contacter sur mon email: infothegalaxy

  17. Julie - 3 février 2017 - Répondre

    Bonjour,
    je cherche à créer une marque de chaussure du 41 au 48 mais j’ai chercher désespérément et je ne trouve toujours pas de fournisseur qui puisse créer mes modèles perso. Si vous pouviez m’aidez vous me rend riez un immense service :)
    Merci d’avance

  18. Soumaré - 9 février 2018 - Répondre

    Bonjour je voudrais créer une marque de chaussures pour femme (chaussures d’été) mais je ne sais pas par où commencer si vous pouvez m’aider ça me ferait beaucoup plaisir en vous remerciant d’avance bonne journée

  19. johann thierry - 29 mars 2018 - Répondre

    bonjour mr le directeur , j’ai creee une nouvelle paire de chaussuure qui va revolutionner le monde pouvez vous me joindre au 06.60262825 merci beaucoup
    thierry johann

  20. Soumaré - 8 mai 2018 - Répondre

    Bonjour je suis un jeune créateur de chaussures pour femme et je cherche quelqu’un qui a l’expérience dans le domaine comme vous. Ça me ferait beaucoup plaisir de compté sur vous en vous remerciant cordialement

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