Une dernière petite idée de cadeau ?

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Entre reines du glamour, on se comprend.

Quand Damart m’a contactée, enfin, je veux dire, quand les très branchés Andrea Crew m’ont contactée pour me dire qu’ils avaient inventé des charentaises-roses-tendance-cop-21, j’ai senti que ma carrière de Docteur de la shoes décollait. J’allais enfin pouvoir prouver au monde entier la valeur universelle de mon goût. Mon sens inné du style doté de cette nonchalance tellement parisienne qui fait rêver la planète Terre. En un instant, j’ai su que ces chaussons rose cochonou-doudou étaient la chance de ma vie. Que grâce à eux, je serais enfin propulsée au firmament des modeux, que j’incarnerais le rêve d’une génération entière, et peut-être même sur des dizaines de décennies.

C’est pourquoi, j’ai choisi de m’associer avec Betty qui incarne elle-aussi un glamour qui a marqué des générations. J’ai senti que la confrontation de notre génie dans ce post inoubliable serait la clé d’un bon Noël. L’uppercut pour des milliers de femmes et de couples. Le « mais c’est bien sûr » tant attendu.

J’ai eu la conviction profonde dans mon âme désorientée par une fin d’année horriblement noire qu’il était de mon devoir de partager cet instant mystique. Que des pieds au chaud dans du thermolactyl ultra soyeux avec, écrit dessus, des paroles aussi bibliques, repris par des chefs d’états extrêmement puissants pour des siècles à venir serait l’illumination parfaite de Noël.

Ne décevez pas votre compagne, votre soeur, votre fiancée, votre mère, grand-mère, même votre boss, je vous en supplie, offrez-leur des charentaises Damart x Andrea Crew. Elles vous remercieront sans même saisir l’ampleur de ce cadeau et penseront à vous chaleureusement quand viendra la prochaine fois de vous faire plaisir.

Avec tout mon machiavélisme shoesesque et mon humour tatanesque, je vous souhaite de merveilleuses fêtes de Noël et à bientôt pour des souhaits du nouvel An. Et des projets fous à venir pour 2016. D’avance, pardonnez-moi pour persévérer avec tant de convictions dans ma folie.

Retrouvons-nous sur le site Damart pour communier sur ces charentaises de la paix environnementale (et baissez le chauffage, la planète en a besoin).



Shoe Business : Amélie Pichard et Pamela Anderson

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Le projet est fou, ambitieux et surtout, ultra sexy. La créatrice française Amélie Pichard lance une collection avec la fille en maillot rouge la plus célèbre au monde, Pamela Anderson.

Amélie a toujours eu un énorme faible pour l’actrice. Son rêve était de la rencontrer, elle et ses boobs.

Pamela est engagée pour « la défense des droits des humains, des animaux et de l’environnement » depuis 20 ans (dixit son site) à travers sa fondation Pamela Anderson Foundation (PAF) (le chien hihihi) (bon bref, si vous voulez vous faire votre opinion à ce sujet).

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Amélie m’a racontée que c’est Pamela qui est venue la chercher après avoir flashée sur ses souliers. Que c’était un rêve qui devenait réalité. Voilà, PAF, the dream comes true.

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Le concept est donc de proposer des chaussures Vegan. What does it mean ? Que c’est 100% sans animal, qu’il n’y a pas de produits toxiques sur la finition des cuirs.

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Mais que cela ne veut pas dire pour autant qu’on va puer des pieds. Les parties intérieures sont en Alcantara, une matière textile faite de fibres de polyester. Et la semelle est « respirante ». Stella Mc Cartney, la papesse du bio en matières de shoes, a ouvert la voie il y a plusieurs années. Pour avoir porté pendant des mois et des années, des bottines bien enfermantes, je peux vous certifier qu’on sait faire du plastique qui ne fait pas transpirer.

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Mon modèle préféré, le voici. Des bottines en patchwork de jean. Je vous préviens, ‘tention, que le jean sera LA matière que toutes les marques vont vous suggérer cet été. Donc, on ne plisse pas le nez en apercevant les premiers spécimens, mais on souffle, on ouvre ses chakras et on laisse la tendance entrer en soi. Ce n’est pas du consumérisme, non, c’est pour vous éviter d’en avoir envie dans deux ans quand tout le monde en portera déjà. Soyez avant-gardiste, c’est bon comme tout.

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Çui-lô, c’est le modèle préféré de Pam’. Normal, c’est des mules (les américaines raffolent des mules) et elles sont rouges en plus.

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Et voici l’un des visuels de la campagne de pub shootée par David La Chapelle, un poto de Pamela. Le photographe le plus génial des 90’s. Ado, j’accrochais ses images en grand dans ma chambre sous l’oeil atterré de mon paternel. Il a transformé notre blonde en « Barbie folle de chaussures », avé la boîte, le blister itou. Vous pouvez découvrir toutes les images de la campagne, hilarantes et totalement unpolitically correct (d’habitude, je me serai rebellée) (mais là, elles frisent le ringard du coup on relâche la pression) et les photos de la soirée sur le site d’Opening Ceremony, boutique plus-que-branchée qui recevaient les deux championnes à Los Angeles hier soir.



WANTED : des sneakers immaculées

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Les plus courageux diront que j’exagère. Depuis le revival-coup-de-génie-marketing de la Stan Smith, je lève le nez avec mépris dès que je vois leur minois rond aux pieds de mes congénères. Tout ce cirque dédaigneux et ces mouvements d’humeur contre les esprits grégaires pour me précipiter finalement sur leurs étranges cousines. Des baskets Comptoir des Cotonniers dont l’inspiration nourricière saute aux yeux : un bout rond, un design minimal, une empeigne basse. Des Stan Smith revisitées que l’on doit à une grande signature de la mode.

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La créatrice Anne Valérie Hash (directrice de création chez Comptoir) a eu l’idée de twister les lacets et leur garant (les deux pièces de cuir où sont cousus les rivets) pour inventer une sneaker blanche déconstruite. Un effet optique dont l’esprit ludique n’est pas éloigné des miroirs déformants de notre enfance. Tout est classique dans cette sneaker, sauf ce laçage à la réalité distordue. L’idée est tellement bonne. On se demande pourquoi personne n’y a pensé plus tôt.

À la manière des poètes de la fin du 19ème qui ont foutu le bordel dans la prosodie, ça donne envie de faire sauter les verrous de la pompe. Pourquoi les lacets doivent-ils être au milieu ? Et pire, pourquoi devrions-nous porter les deux mêmes chaussures aux pieds ? (non non ne faites pas les rebelles : si vous croisez quelqu’un dans la rue avec des souliers dépareillés, vous penserez sur le champ que c’est un agité du bocal) (et les Twins de Camper, ça compte pas) (ni les Converse avec une couleur différente à chaque pied hein)

Ces sneakers lumineuses me font la joie d’être innovantes et totalement dans l’air du temps. Un truc qui répond à notre désir brûlant de chausser du blanc avec la petite excitation de l’inédit.

Un truc qui bat le rappel autour d’une communauté de style tout en titillant le grégaire à l’intérieur.

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L’immaculé est devenue la parfaite ponctuation finale d’une silhouette contemporaine. Leur minimalisme casual, leur simplicité virginale et leur neutralité dédramatisent avec chic et retenue toutes les folies que l’on souhaite s’accorder. (comme un manteau léopard assorti à un pantalon oversize 7/8). Les Beatles, John Lennon en tête avec ses Spring Court blanches, et autres rockers des années 60 ne s’y étaient pas trompés.

L’immaculé réveille des fantasmes enfouis. Le propre que l’on salit, le blanc que l’on consomme, le vierge que l’on façonne, une lumière que l’on s’accorde. Marcher sur du blanc rayonnant, en ces temps où les imbéciles nous imposent leur noirceur, c’est un petit détail qui fait le sel de la vie.

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Sneakers Slash, 99€.



L’appel d’air

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Photo Marie Florès pour Shooooes – Sandales en cuir velours Pierre Hardy

Lundi soir, je me rends chez mon osthéo pour la première fois depuis 3 ans. J’ai bien choisi mon jour. Je ne pouvais pas être plus tendue. Quant à elle, je sens bien qu’elle n’a fait que parler des attentats toute la journée avec ses patients. Elle est exsangue et obsédée par le discours qu’elle tiendra à son fils de 14 ans en rentrant chez elle le soir. Quelle forme aura pris la terreur dans la cour de récré ?

Elle travaille mon corps endolori par le stress du quotidien. Elle m’appelle gentiment ma puce et s’émeut devant les dégâts d’une vie de trentenaire-au-bord-du-burn-out. L’absurdité de la situation est désespérante. Et puis cette question nous dévore : comment continuer à vivre alors qu’il s’est passé ça ?

Face à ma détresse, elle me parle d’une de ses patientes, une écrivaine alaouite syrienne, opposante au régime d’Assad et exilée en France : Samar Yazdek. Dans son livre Feux Croisés, paru en 2011 chez Buchet Chastel, cette dernière raconte l’oppression dans son pays. La peur, la prison, les menaces permanentes, l’horreur par le sang. Bien pire que tout ce que je n’ai jamais vécu. Allongée sur sa table d’osthéo, Samar lui a confié que dans les moments les plus noirs, c’était la lecture des grands poètes qui l’avait maintenu à la surface. Que la beauté des vers de Rimbaud lui avait sauvé la vie. Quand l’horreur asphyxie toute forme de vie, la beauté sans frontière de la poésie a été l’appel d’air, l’élévation, l’espoir de vie.

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Photo Marie Florès pour Shooooes – Bottines en cuir tatoué Laurence Dacade

À cet instant, la situation est grotesque. Je suis en soutif-culotte-chaussettes. Cette Samar est une intellectuelle immensément courageuse. Des centaines de familles et de gens sont en deuil. Je me fais soigner parce que je suis une modeuse trop occupée.

Mais mon osthéo me rassure : tout le monde a le droit au deuil. Il est légitime d’exprimer son traumatisme, même quand on n’a pas été touché directement.

Plus tard, allongée sur mon canapé, je repense à Samar, à cet appel d’air qui lui a permis de survivre à l’innommable. Et si je me servais de son enseignement ? Et si je m’inspirais de son secret ? Rêver, respirer, inventer, imaginer, sourire, ce n’est pas forcément être indifférent (c’est impossible de l’être), ni indécent, c’est aussi ne pas se sentir coupable d’être vivant et d’exister tel que l’on est. Tous mes projets me semblent indécents mais ce sont eux qui me raccrochent à la vie. Le salut par la beauté, l’humour et la vie. Comme un mantra dans ma tête « Vivre avec »*.

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Photo Marie Florès pour Shooooes – babies en cuir verni Gianvito Rossi

Vendredi dans l’après-midi – avant donc – je cherchais les bons mots pour vous raconter, à travers ces photos de Marie Florès pour Shooooes, à quel point ces trois modèles étaient les plus beaux de la saison et combien ils me faisaient vibrer. Je voulais être drôle, évoquer les surréalistes, les faux-semblants, inventer des personnages… Je n’en ai plus le courage ni l’envie aujourd’hui. Mais leur beauté et les histoires qu’ils me susurrent ouvrent cependant une fenêtre dans mon noir. Elles transforment la peine en inspiration.

C’est dérisoire mais c’est un fil comme un autre pour reprendre pied.

Avec la collaboration de Vanessa Naudin  (styliste) et de Jonathan Herfeld (set designer).

* j’ai découvert avec émotion la Une de M Le Monde après avoir commencé à écrire ce post.



Exprimer sa peine sur les réseaux sociaux.

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On se pose beaucoup de questions quant à évoquer notre colère, notre chagrin ou notre horreur sur les réseaux sociaux. Certains nomment cela du déballage, je dirais qu’il s’agit plutôt d’une forme de communion. Fondre de noir son flux Instagram, afficher ses couleurs sur Facebook, écrire quelques mots symboliques sur un blog de chaussures, c’est prendre le choc et le chagrin a bras le corps et le porter ensemble. Affronter la peine pour relever la tête ensuite.

J’ai reculé toute la journée. J’ai encore beaucoup pleuré ce matin. Le fait de devoir reprendre la vie alors qu’il s’était passé ça, c’était trop dur. J’ai tenu le coup tout le week-end et puis, une fois seule, sans mes enfants et mon mec, je me suis effondrée. Je n’ai pas perdu de proches, mais comme beaucoup, des connaissances, des amis d’amis sont morts ou blessés.

« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour. »

Je partage cette photo que nous avions signé avec Olivia da Costa pour l’Instagram de Roger Vivier en avril 2015. Il me fallait de l’amour et si possible, des chaussures. Voilà.



La tête au soleil, les pieds dans la pluie.

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Les bottines Jour Férié x André avec mon jean-que-j’ai-fait-moi-même (ouais ouais)

Il est fréquent dans la vie que les autres aient le désir impétueux de décider à notre place. Et on les comprend, il doit être tellement fabuleux de pouvoir disposer des autres à sa guise. Si l’on pouvait tout contrôler, on serait comme les rois du monde, non ? Une sensation grisante, à n’en pas douter. Tant que l’on n’a pas compris cela, cette lutte de pouvoir, on reste sous l’emprise des plus forts. Ceux qui en imposent le plus, ceux qui parlent plus haut ou qui vous terrorisent avec leur changement d’humeur inexpliqué. Bref, les personnalités qui s’introduisent en nous comme dans du beurre. Ce mécanisme émane des humains mais aussi, plus largement, des injonctions culturelles (fais pas ci, fais pas çà, enlève tes doigts du nez). Et le jour où l’on réalise cette emprise, on peut enfin s’en libérer et réaliser, dans un mélange d’horreur et de joie, que l’on est les seuls responsables de notre vie. Que l’on est les seuls à détenir les clés pour avancer. Et que pour y aller d’un pas déterminé, il faut quoi ? Je vous le donne en mille : des bonnes chaussures (ahaha je vous ai bien eu hein) (c’est la chute du siècle).

À tous ceux qui nous veulent en talons parce que c’est plus seyant (et saillant), qui nous veulent active parce que c’est moderne, qui nous veulent mère parce que c’est notre rôle, je dis oui, je veux bien relever le challenge (j’adore être challengée), mais please, laissez-moi gérer la mise en place de ma super-puissance.

Nathalie Elharrar a passé une bonne partie de sa vie à créer des chaussures de femmes vraiment pas sages (vraiment vraiment pas sages), des escarpins à brides avec hauteur vertigineuse à haute suggestion ajoutée. Et puis, un jour, il n’y a pas très longtemps, elle a sabordé cette représentation féminine pour en proposer une autre, plus terre à terre, moins fantasmée, et infiniment plus optimiste. Elle a créé la marque Jour Férié. Un nom de baptême évocateur. Tout simplement joyeux, il bat le rappel autour des petits bonheurs de la vie. Ces choses bêtes qui nous rendent heureux. Le bonheur accessible quoi, bien ancré dans la réalité. Parce que oui, on peut être bien chaussé, ce n’est pas un fantasme.

J’ai rencontrée Nathalie pour la première fois de ma vie à ce tournant-là de sa vie. Et je l’ai adorée.

Aujourd’hui, elle lance une collaboration avec André.

Quand la marque lui a demandée quel blog elle aimait et si elle souhaitait en sponsoriser certains autour de ce lancement, elle m’a citée tout de suite (C’est elle qui m’a racontée cela). Comme la première fois que j’avais fait cela, l’équation me semblait juste pour tout le monde, j’ai accepté de recommencer. Plus de temps pour faire un post parce que je suis payée, on est toujours d’accord que c’est juste non ? (à condition que je ne vous parle pas de lunettes de WC bien sûr)

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Bottines Nathalie en veau velours d’Italie, Jour Férié pour André, 115€

La collection se compose de chaussures de garçon. Mon obsession dans la vie (oui oui le phallus manquant). Une chose importante avec les chaussures de garçon (qu’est-ce que c’est cette manie de dire garçon pour homme, et fille pour femme… Vous avez remarqué ? On n’a plus le droit d’être des adultes ou quoi ?), bref une chose méga importante avec les chaussures d’hommes : on peut leur acoquiner des chaussettes marrantes.

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Les bottines Nathalie en bleu marine et ganse en cuir rouge, 115€

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Voilà mon modèle préféré : des bottines de cheval, des Chelsea Boots en langage mode (passion), en veau velours d’Italie, ouaip, et une semelle épaisse en caoutchouc qui nous assure la tête au soleil et les pieds dans la pluie sans crainte. Après avoir chosifiées les femmes, Nathalie a décidé de les libérer avec des chaussures faites pour avancer.

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Les bottines Nathalie de la collab’ Jour Férié x André, en cuir velours, 115€

L’autre jour, j’étais sur un shooting et, parfois il faut mettre la main à la pâte, je ne suis pas du genre princesse moi (mon mec doit se retourner sur sa chaise de bureau) bref, j’ai dû tenir un réflecteur pliée en deux pendant plusieurs minutes. J’avais le nez sur mes pompes. De mec, évidemment. Des derbies en cuir avec le bout fleuri. Et là, comme il fallait bien que j’occupe mon cerveau pour faire passer le temps, j’ai commencé à regarder mes pieds avec insistance, comme si je cherchais à les diviniser en essayant d’obtenir cette réponse à ma question : pourquoi est-ce que j’aime tant les tatanes d’homme ? Et là, fulgurance. J’ai revu mon père assis dans les escaliers de la cave, devant SON meuble à chaussures (il était le seul à en avoir un à l’époque) en train de cirer ses Weston. Et j’ai réalisé que c’est une activité que je l’ai vu faire régulièrement. Dans mon cerveau d’ex enfant amoureuse de son papa chéri, c’est une bien belle manière de m’approprier un peu de lui. Classique.

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Desert Boots Inès en cuir noir et ganse en cuir bleu marine, 115€

Vous allez me dire : alors si on ne porte pas de chaussures à talons très femmes, on est obligé de porter des chaussures de garçon pour avancer dans la vie (avec des chaussettes « donuts ») ? un scandale.

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Les derbies Emma en cuir velours bleu marine et ganse rouge, 99€

Non, je dirai que c’est le retour à une silhouette plus simple où le genre ne rentre pas vraiment en ligne de compte. C’est d’autant plus vrai que cette collection est unisexe. Elle est aussi pour vous nos chers chéris (pour les hommes ce modèle s’appellera juste Nathanael).

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« Croise les jambes, pointe le pied à 45 degrés, arrondi ton bras gauche, accoude-toi au rideau de fer avec le droit, casse le dos en deux, lève la tête, fais voler tes cheveux, prends l’air naturel et souris. »

Clic.

(pas facile la vie d’influencer)

Retrouvez toute la collection par ici.



Des cuissardes dans la vraie vie.

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Défilé Isabel Marant automne-hiver 2015

J’ai longuement rêvé cette allure. Mais comment passer du fantasme à son propre reflet dans le miroir ? De l’innocence de cette jeune fille aux yeux-scruteurs des couloirs de métro ?

L’autre jour, je dînais avec une amie qui conçoit des bijoux (Annelise Michelson, j’adore son travail!) et on parlait de nos représentations féminines. Et notamment de ses fantasmes quand elle dessine ses créations. Elle évoquait la fameuse guerrière sexy, cette femme-amazone-des-villes confiante en sa féminité qui inspire tant les créateurs. Ils aiment les femmes fortes. Et tant mieux, je n’aimerais pas que l’on plébiscite les regards de chiens battus.

Mais, moi ? Je me sens un chouilla écrasée par ces fantasmes.

Parce que je passe un temps fou à douter. Je ne dis pas que je suis obsédée par mon apparence : je ne fais jamais de régime, je ne fais pas de sport (et ça me désole pour d’autres raisons) et mon budget maquillage doit être de 50 euros par an (Chanel offre des rouges à lèvres à ses défilés) (no comment) (sinon j’ai juste besoin d’un nuage de poudre libre et d’un soupçon du blush Orgasme) (et aussi d’un soupçon de mon chéri) (pardon).

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Docteur Shooooes par Camille Toulot, sa cousine.

Non, le problème n’est pas là. J’ai passé l’âge de vouloir être une jeune première.

Le problème est : comment aimer la mode sans pulvériser sa personnalité au contact des tendances ? La vie, c’est apprendre à recevoir les influences extérieures sans jouer les girouettes à l’intérieur. C’est un travail subtil que de se laisser modifier par le dehors sans perdre l’originalité de son intérieur. Pour cela, il faut être focus et confiant dans le chemin qu’on dessine. Il faut être serein sur l’histoire qu’on raconte avec son corps et ses actes.

Et cette démarche de vie peut aussi s’appliquer à la mode. Et aux chaussures. C’est pourquoi je suis intarissable à ce sujet tiens (si on vous demande) (en fait tout cela est très philosophique, rien à voir avec les chaussures).

Bref, d’une longue amazone, j’en ai fait un titi parisien, avec des cuissardes plates (je dis bien plates, il y a même des crampons), super élastiques, pour ne pas qu’elles plissent aux genoux (le virage du genou est le plus difficile à négocier dans la couissardes mesdames), une robe marinière beaucoup moins chère que le modèle Isabel Marant en photo (Saint James x Claudie Pierlot) et un perf Vintage que vous avez déjà vu 56 fois. Les cuissardes, c’est beau s’il y a une touche de masculin dedans.

Si je dois donner un conseil, il vaut mieux privilégier les cuissardes très slim, qui collent à la peau, plutôt que les cavalières qui requièrent un bon mètre quatre-vingt pour exister (même à talon). Vous les portez avec un « haut du corps » un peu large (jupe sixties, robe en maille), une jupe/ robe longue, mi-mollet ou genou, fendue ou pas. Robert Clergerie, JB Martin, Vero Moda, Isabel Marant… Les miennes sont du géant américain Stuart Weitzman. Et détail non négligeable, ça tient chaud.

Alors, à la question, quelles sont les représentations de la féminité que je prône moi ? Vous avez remarqué que je suis passée d’une longue amazone à un titi parisien ? Du elle au il. Une féminité sans frontières.



58M, le «Vénus Beauté de la shoes » fête ses 10 ans.

PORTRAITSOPHIE

Sophie Rioufol, propriétaire du multimarque de chaussures 58M

La boutique 58M de Sophie Rioufol est très connue des parisiennes qui aiment les chaussures. Et si vous habitez ailleurs, vous l’aimez déjà même sans la connaître. C’est l’une des meilleures adresses de la capitale. Sophie fête les 10 ans de cet écrin qu’elle a bâtit avec sa maman Marion, aujourd’hui disparue.

Laurence Dacade, Michel Vivien, Lanvin, Church’s, Tila March, la quintessence de la bonne shoes sans le bling bling d’autres adresses. Pour fêter sa décennie, Sophie a demandé à quatre créateurs très parisiens de lui confectionner un modèle sur-mesure, découvrez-les au fil de votre lecture.

On a déjeuné avec Sophie au Café Etienne Marcel (rue Etienne Marcel donc) (une rue de la mode à Paris) un mardi, on ne se connaissait pas. Au bout de cinq minutes, on était à deux doigts de se jeter dans les bras l’une de l’autre : nous avons fait la même école de théâtre – le Studio 34 – et partagé le même rêve, être actrice et metteuse en scène. Aujourd’hui, cette école n’existe plus, tout comme cette période magique de notre vie. (violons)

Comment est-ce que tout a commencé ?

Ma mère a monté les premières boutiques Freelance dans les années 80, et je n’arrêtais pas de lui dire « Tu ne veux pas qu’on fasse un truc ensemble, avec notre identité ?». L’idée est née de monter 58M (pour 58, rue Montmartre, l’adresse de la boutique). Ce que je ne voulais pas faire depuis toute petite, c’est-à-dire faire comme ma mère, je l’ai fait ! J’ai ça dans le sang et cela me rend heureuse. Je me suis rendue compte que vendre des chaussures, avoir un commerce, ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est la dimension artistique et esthétique qui me plaît. Ça fait 10 ans que je me sens comme un poisson dans l’eau !

Si tu n’avais pas ouvert cette boutique, qu’aurais-tu fait ?

Je voulais être comédienne depuis que j’ai 10 ans. J’ai fait une école de théâtre après le bac et ce sont parmi les plus belles années de ma vie ! Après, j’ai galéré. Je pense que je n’avais pas la niaque pour courir de casting en casting et me faire parler comme à un chien par des directeurs de casting… Ils te disent que tu es trop belle pour faire partie des moches mais pas assez jolie pour faire partie des belles, ce type de rapport, ce n’est pas pour moi. J’ai donc repris mes études et j’ai intégré une école de communication médiation culturel qui s’appelle IESA, institut d’étude supérieur des arts. Un nom pompeux ! Je suis rentrée en deuxième année et j’ai trouvé ça génial. J’ai suivi des cours de com’ et d’histoire de l’art pendant deux ans, puis j’ai décroché des stages, d’abord chez Radio Nova puis au magazine Jalouse.

Sandale en cuir velours, talon peint à la main, Michel Vivien pour les 10 ans de 58M

Sandale en cuir velours, talon peint à la main, Michel Vivien pour les 10 ans de 58M

C’est quoi le concept de 58M ?

C’est le placard d’une femme : des chaussures pour bosser, danser, trainer ou être sexy,.. et aussi, je l’espère, un accueil sympa, chaleureux et pas hautain. Parce que, ça va, c’est cool comme métier, on n’est pas aux urgences, on vend des chaussures !

Comment as-tu fait au début ? 

D’abord je commandais très peu, en tâtonnant. Encore une fois, j’ai été à bonne école. J’étais avec ma mère qui faisait ça depuis trente ans. Ce n’est pas comme si on était novice ! Au début, j’ai surtout écouté. Et je donnais mon avis… comme une fille avec sa mère : « maman, maman, tu veux pas qu’on achète ça ?! ». Ensuite, on écrivait « Marion » ou «  Sophie » sous les commandes dans le stock. De cette manière, on savait ce qui avait marché et ce qui avait fait « banane » dans nos choix. Ma mère aimait bien les gros talons épais, carrés, très 70’s, moi ce que j’aimais, c’était les chaussures super girly, avec des talons vertigineux et des paillettes. Il a fallu qu’on s’accorde. Et c’est pour ça que la boutique a fonctionné dès le début : elle avait un concept qui plaisait à toutes les générations.

Et bosser avec sa mère ?

Bosser en famille c’est génial. Sauf que les engueulades sont beaucoup plus fortes. Quand ça gueulait, ça gueulait ahaha ! Souvent, ça partait d’un rien, un retard par exemple.

Comment est le quotidien dans une boutique de chaussures ?

Quand tu bosses dans une boutique de chaussures, c’est comme si tu étais esthéticienne. Les filles te montrent leurs pieds et comme c’est intime, cela déclenche la parole. Elles se dévoilent « excusez-moi, je n’ai pas eu le temps de faire ma pédicure » ou « excusez-moi, j’ai des pieds atroces ». Et puis il y a celles qui ont de très jolies petits pieds et qui crânent un peu. Il y a celles qui sont à l’aise, celles qui ne sont pas à l’aise, il y a les filles qui racontent vraiment leur vie, qui ont besoin de se confier. Il y a des clientes récurrentes, puis il y en a qui ne reviennent plus jamais, celles qui n’achètent pas mais ont un avis à donner sur ce qu’elles recherchent. Parfois on a une star qui vient un peu incognito, qui adore la boutique parce que c’est intime, qui aime être servie toujours par la même vendeuse. Il y a aussi les filles qui sont habillées un peu n’importe comment et qui vont dépenser plein d’argent et à l’inverse, celles qui sont griffées de la tête aux pieds et trouvent la sélection trop chère. Nous on aime cette partie du boulot. C’est vraiment un Vénus Beauté de la shoes !

Est-ce que c’est la crise dans les chaussures ?
C’est difficile, il y a une façon différente de consommer. Les filles vont à l’essentiel, elles ne sont plus dans les folies. Il faut vendre ce qu’on nous demande : du confortable, du facile, de l’indémodable. Et puis avoir la belle Charlotte Olympia en vitrine pour rêver.

Est-ce que tu te souviens des modèles qui ont eu un succès fou ?

Les UGG ! Quand on s’est mis à en vendre, on a été dépassé par le succès de cette chaussure… Réassorts sur réassorts. Alors que c’est loin d’être une chaussure que j’aime. Mais j’en portais moi-même !

C’est quoi tes marques préférées ? 

Michel Vivien, je suis une fan absolue. J’ai beaucoup de connivence avec son univers, ses choix de matières de couleurs… Et ce qui ne gâche rien, l’homme est super sympa et très intéressant.

Tila March pour les 10 ans de 58M

Escarpin à bride cheville en cuir verni Tila March pour les 10 ans de 58M

Quelle est ta paire préférée en ce moment ? 

Un escarpin Tila March compensé, vernis, bordeaux, avec une petite bride autour de la cheville. Et dans le même esprit, une paire de Michel Vivien rose pâle avec un petit nœud sur le dessus du pied, très Audrey Hepburn.

Quand tu passes tes commandes, tu sais déjà quelles paires tu vas prendre pour toi ?

Oui, mais alors, très souvent, je me plante ahaha !

Quelle est ta paire « forever » dans ton placard ?

Une paire de bottes en soie et lurex Michel Vivien. Je les avais commandées pour la boutique et il n’a jamais pu les fabriquer parce qu’il n’avait pas assez de tissu. J’en étais très triste. Mais un beau matin, j’avais la boîte sur mon bureau, il m’avait offert le proto !

Quelle est ta paire mythique, celle que tu n’as pas forcément ?

J’ai toujours fantasmé –c’est très générationnel – sur les chaussures de Bébé dans Dirty Dancing. Ces petites sandales de danseuse avec le petit talon, elles sont mythiques ! Elles donnent envie de danser.

Quel est ton prochain achat ?

J’ai flashé sur une paire de bottines noires avec des marguerites peintes à la main Martin Margiela. Elles ne sont pas dans la boutique : à ce prix-là, il n’y a que des tarées comme moi pour les acheter ahaha !

Qu’elle est ta plus grosse erreur de shopping ?

Je me suis achetée une paire de sandales en faux croco rose chez Chloé il y a sept ou huit ans. Je savais que je faisais une connerie ! Sinon, quand je repense aux No Box quand j’étais ado… aie aie aie. (les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître)

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Ballerine en cuir Repetto pour les 10 ans de 58M

Tes meilleures adresses pour shopper des shoes ?

J’aime beaucoup Lobato dans le Marais. Quant aux sites internet, je trouve ça super pour certains produits mais, personnellement, j’aime avoir le contact physique.

Combien as-tu de paires ?

Je dois avoir une trentaine de jolies chaussures. Je suis très raisonnable ! (euh oui je confirme) 

Es-tu plutôt à plat ou sur aiguilles ?

Je marche beaucoup, je fais du vélo, je monte l’escalier de la boutique, je porte des cartons… J’aime les talons de quatre ou cinq cm.

Qu’est-ce que tu penses de cette mode des talons vertigineux ?

Je trouve ça très sexy. J’aime bien porter des talons très hauts quand je sors. Tu deviens une autre femme : ça fait de jolies jambes, ça resserre les fesses et les abdos, il y a tout ton corps qui est tendu.

Bottine en cuir lamé, Laurence Dacade pour les 10 ans de 58M

Bottine en cuir lamé, Laurence Dacade pour les 10 ans de 58M

Comment expliques-tu l’engouement actuel des femmes pour les chaussures ?

Tu peux être grande, petite, grosse ou mince, les chaussures seront toujours à ta taille. C’est un bel objet qui dure. Je crois qu’il y a toujours eu un engouement autour des chaussures.

 La comédienne elle s’y retrouve dans tout ça ?

Moi, ce que j’aime, c’est changer de peau. Et c’est ce que les chaussures ont à offrir.

Boutique 58M, ouverte du lundi au samedi (10h-19h et jusqu’à 19h30 le samedi) au 58, rue Montmartre à Paris dans le 2ème arrondissement. Tel. : 01 40 26 61 01.



Alors, c’était comment la Fashion Week ? (Paris SS16)

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Sandale en lin brodé Tabitha Simmons printemps-été 2016

Quel long silence. Ce qui devait m’offrir une voix me l’a éteinte. J’admire ceux qui sont capable de prendre la mode de plein fouet et de l’analyser dans la foulée. Moi, je suis vidée de mon jus. Je n’ai plus rien à dire. Comme si vous aviez passé les deux dernières semaines à parcourir les musées parisiens en rencontrant tous les gens avec lesquelles vous travaillez, ou avez travaillé, depuis 10 ans.

Ce petit incipit pour me faire pardonner à l’avance ce post un peu fleuve. Il est à l’image de mon cerveau, sinueux ! Ça fait 3 jours que je compulse et remue ces images dans tous les sens sans plus savoir comment les prendre.

Puis j’ai décidé de choisir une question et de laisser couler : qu’est-ce qui m’a le plus enthousiasmée ?

Les souliers qui racontent des histoires merveilleuses d’une part. De l’autre ceux qui vont me permettre de raconter la mienne  sans me piquer la vedette. Des souliers qui serviront ma silhouette et que je n’aurais pas besoin de servir moi. Des souliers gentils et aimants pour colocation durable et sereine.

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Ainsi, ces escarpins en cuir verni vert signés Pierre Hardy. Délicieusement féminins avec leur bride cheville, le talon biseauté casse un peu leur allure bourgeoise et la couleur flashy azimute le reste. Je les veux miens au printemps prochain.

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Coup de coeur pour ces souliers brodés de fleurs signés Tabitha Simmons. Totalement immettables dans une vie normale, ils me font le même effet que lorsque je vois Alice passer de l’autre côté du miroir. C’est joyeux, fascinant, c’est un trouble lié à l’enfance, c’est le fantasme d’une autre vie. (oui oui tout cela dans ces fleurettes de cuir).

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Même joie mêlée de désir pour ces trésors de bottines conçues comme une tapisserie de fleurs et signées Laurence Dacade.

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Et sinon, je dis oui aux joujoux de pieds. Je pense que nos chaussures méritent elles-aussi qu’on les couvre d’or et de diamants et qu’on leur offre une vie qu’elles n’ont pas. Une idée d’Olivia, créatrice de la marque Apologie.

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En route vers les humanoïdes ? À première vue, les sandales à semelle épaisse du défilé Chanel semblaient éclairées de l’intérieur (wouha si tout le monde pouvait être comme çà tiens !) (la coquine). Ce n’était pas qu’une impression : Laurence Dacade, la créatrice des souliers de la maison, nous en donne la preuve avec cette photo. Via un orifice-plug dans la semelle, les mannequins se font effectivement  charger avant de défiler. Les pensées déplacées ne sont pas les bienvenues merci.

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En voyant les ballerines du défilé Mi Miu, je me suis dit que j’allais pouvoir me fabriquer un truc semblable l’été prochain. Puis je me suis souvenue que j’étais incapable de faire quoi que ce soit de mes 10 doigts (à part clavioter).

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Assortir son collant à l’imprimé de ses chaussures comme chez Dries Van Noten. Pourquoi est-ce que le monde n’y avait pas pensé avant ?

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Parce que c’est quand même plus facile que d’assortir ses cuissardes à sa robe Emmanuel Ungaro.

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J’ai constaté qu’il y avait trois grands mouvements dans la mode en ce moment : ceux qui cherchent (et parfois se plantent), ceux qui aspirent à la perfection (et frôlent l’ennui) et ceux qui provoquent (pour faire diversion).

Chez Vanessa Seward, on emprunte leurs lignes aux seventies parce qu’elles sont à jamais les plus belles. Côté souliers, c’est simple, sans emphase, ça se désire parce que tout le mérite en revient à la simplicité et à sa luxueuse exécution. Mais ça plombe, toutes les dizaines même la vingtaine, non ?

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La simplicité est rentable : elle diffuse ses lignes à l’identique dans plusieurs maisons… Ici chez Sonia Rykiel, on retrouve cette même sandale aux brides légères et à la forme emboîtante.

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Chez ceux qui cherchent en touillant les messages, il y a Stella Mc Cartney. Pour l’été prochain, elle a mélangé en haut la K-Jacques, au milieu la Birkenstock et en bas la running. Un mille-feuille de mode que je trouve plutôt digeste.

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Quand je parlais de provocateurs, voilà. J’ai d’abord été  éblouie par ces tatanes, puis comme un marin loin des chants de la sirène, j’ai réalisé quelques heures après que je m’étais faite ensorceler. Qu’y avait-il au dessus des genoux de ces grandes femmes bottées ? Pas grand chose. Je m’étais faite berner. Ces bottes-sandales-spartiates-cuissardes-à-semelle-piquots-de-claquette-de-piscine sont trop biscornues dans leur concept pour être honnête.

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Dans le genre claquette de piscine qui s’assument, je préfère les Chloé.

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D’ailleurs, le scoubidou fait des émules. Il est le symbole de l’été 2016 chez Pierre Hardy.

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Ce que j’ai vu et revu, ce sont les mules plates. Pas forcément les babouches, comme ici chez A.P.C (silhouette en manteau) ou les petits chaussons asiatiques à fleurs de plastique signés Balenciaga, mais les chaussures d’hommes transformées en mule. À  la limite du chausson. On en avait vu chez Gucci à Milan, il y a en a chez Robert Clergerie.

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Et dans une autre version aperçue chez plusieurs maisons, ici Louis Vuitton, le derbies « sling back », ouvert sur l’arrière. Une nouvelle interprétation du masculin au féminin. Pourquoi pas… Va falloir prendre un abonnement chez la pédicure, gare aux talons rugueux.

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La féminité n’a pas disparu, certaines marques, comme Bionda Castana, en font une vraie régalade. Des escarpins en tulle et Vichy pour pique-nique romantique.

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Ensuite, on entre dans la zone expérimentale, avec des shoes non-identifiées qui sont peut-être le point de départ créatif d’une nouvelle esthétique. Boucles et multiples tours de cheville comme ici chez Sacaï trouvent un écho…

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…chez Dior : talon rond et large qui contraste avec le bout ultra pointu, boucles, tours de cheville élastiqués. Comme je le disais sur mon Instagram, en jargon mode, on ne dit plus « c’est bizarre » mais « c’est très intellectuel ».

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Chez Margiela (par John Galliano aux manettes), on met carrément sa culotte sur la tête. Pardon. Son collant sur ses escarpins. Le concept du talon difforme est-il un hommage aux corps difformes, c’est-à-dire tout simplement différents ? Ce serait possible avec ce fou-fou de Galliano, et plutôt un joli message.

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Qui a mis du plexi transparent entre les mains de J.W.Anderson chez Loewe ? On ne voit plus les chaussures ! #ennemipublicn°1

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En termes de couleurs, l’orange corail est la couleur élue du printemps prochain. Comme ici chez Céline. Voilà, je suis sûre que vous alliez me le demander.

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Et comme vous avez pu le constater avec la bottine précédente, l’été sera apparemment très pluvieux. Slimane chez Saint Laurent n’hésitant pas à chausser ses mannequins de bottes en caoutchouc. Googlez « festival de Glastonbury » pour comprendre sa démarche.

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Quand certains développent l’austérité et s’attachent plus à créer des silhouettes qu’à développer des formes, d’autres aiguisent notre sens de l’humour et déclenchent une vague de nostalgie chez les trentenaires. Nicolas Kirkwood, pour fêter les 10 ans de sa marque, s’est inspiré de l’imagerie de son enfance dans les années 80. Pac Maaaan !

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Une esthétique que l’on retrouve chez Miu Miu, qui elle, rend hommage à David Bowie en célébrant les 70’s.

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Une obsession partagée par les gens de la mode et symptomatique de notre société : le désir de prendre de la hauteur. Juste histoire de visionner la réalité avec un soupçon de recul. On a essayé avec des talons aiguille, mais les femmes ne pouvaient plus marcher. Alors, la nouvelle technique, c’est de se hisser sur des semelles plateformes. Serait-ce la solution ? On ferait mieux d’aller chez le psy oui.

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Francesco Russo, le nouveau chouchou des-gens-qui-aiment-les-chaussures, propose une version simplifiée du concept « prendre de la hauteur » : cuir grenadine (ah oui ! ne dites plus rouge mais grenadine) (pas ma faute), velours nude et le nouveau noir : le léopard.

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Après réflexion, je pense qu’une chaussure colorée, avec des mélanges qui caressent ma pupille, est ce qui me fait le plus vibrer. Comme ici, ce mix de grenadine (ahaha) chez Laurence Dacade. Peu importe la forme, pourvu qu’il y ait l’ivresse !

(message subliminal de comment finit une fashion week)



Kess t’as vu d’bô à Milan (SS16) ?

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J’espère que vous n’êtes pas dans un open space parce que ce post va vous faire crier.

Je suis partie 24h à la Fashion Week de Milan pour aller zieuter les collections de chaussures du printemps-été 2016. Je n’ai pas été déçue, j’ai bien crié, j’ai bien mouillé ma culotte, oui oui.

D’abord, je suis allée chez Charlotte Olympia. « I married adventure » s’appelait la nouvelle collection, inspirée d’un livre du 19e sur une famille partie vivre en Afrique. Le thème du voyage est un peu systématique chaque saison (un pays/une collection), le traitement manque parfois de subtilité mais l’expérience reste agréable et amusante. Et certaines interprétations demeurent spectaculaires. Comme ce talon compensé imaginé d’après le mobilier colonial.

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L’année dernière, pour la collection « Shangaï Express », cette sandale à plateau, signature de l’univers de Charlotte, accumulait des parasols chinois. Pour la Saint Valentin, c’était des coeurs. Cette saison, elle représente une carte de l’Afrique. Attention, ne pas le donner aux enfants pour réviser leur géo, le Nigéria et l’Algérie ne sont vraisemblablement pas à côté dans la réalité.

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Le travail de Charlotte sur la forme des talons est toujours spectaculaire. Comme ce léopard allongé sous les pieds de sa belle.

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Chez Sergio Rossi, d’immenses palmiers en or nous accueillaient sous une lumière tamisée. Angelo Ruggeri, l’actuel directeur artistique, s’est offert les soins de l’aristocrate italienne Bianca Brandolini d’Adda pour lui susurrer des mots doux de muse. Le résultat ? Des plateformes luxueuses comme ces sandales en cuir or et noir, avec des jeux de textures. L’esprit des Seventies dans toute sa splendeur.

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Toujours chez Sergio Rossi, les broderies font exception. Inspirées des motifs mexicains, elles s’apposent sur des derbies avec semelle de corde esprit Dolce & Vita.

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Le défilé de la maison Gucci, qui s’est dotée d’un nouveau directeur artistique Alessandro Michele, fut une révélation. Les accessoires, parfois excessifs, sont sans doute les plus spectaculaires de la saison. Comme cette mule conçue dans un drapé trompe-l’oeil entièrement brodé de paillettes. Le talon est en métal bronze martelé, planté de rivets et, comme si cela ne suffisait pas, un serpent ondule le long de ses courbes.

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Remarquez la finesse de la tête.

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Les bottines à mi-chemin entre la jeune femme du début du 20ème siècle et le grenier hippie de ma grand-mère. Avec une pointe de chaussures de boxe. Déroutant. Mais intéressant. Mais déroutant.

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Cet hiver, les-filles-de-la-mode ont adoré les mules en cuir avec la fourrure à l’intérieur. Pour le printemps-été, ces étranges objets se déclinent dans des soieries esprit costume de mec pendant la Prohibition. J’avoue, c’est tentant (mais si) (avec un pantalon en soie imprimé façon pyjama de grand-père et une belle chemise blanche, vous voyez?)

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Chez Prada, la collection s’appelle « Post Classic » : les femmes sont en tailleur mais un tailleur de l’après. L’après quoi, on ne nous dit pas, mais on imagine : l’après crise, l’après apocalypse, l’après surconsommation. Aux pieds, elles portent des sandales follement sophistiquées, comme si toute la joie de notre société passait par les chaussures. Miuccia et moi, on est tout à fait sur la même longueur d’ondes. Ya pas à tortiller.

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L’autre modèle de Miuccia, ce sont ces bottes plates rayées de python et de peau de pêche. Avec un bout en plastique pour protéger ces précieux matériaux. Lunaire et solaire à la fois.

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Ah! Et au fait! J’ai testé les cuissardes moule-moule, qu’est-ce que vous en pensez ? (ce sont des Stuart Weitzman)(désolée pour la photo orange, c’est seulement à 21h, quand il faisait nuit noire que j’ai trouvé un miroir…)

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Chez Gianvito Rossi, on cultive le minimalisme Girly avec des ballerines bout rond que l’on lace comme des danseuses.

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Ah ! Et au fait n°2 ! J’ai trouvé mes sandales de l’été prochain chez Gianvito : comme des K-Jacques (mais trois fois plus chères) qui se lacent l’air de rien. Je vous préviens (c’est l’attachée de presse qui me l’a dit), il faut les acheter en février si vous voulez être sûre de les trouver (j’irai jamais quoi). Des nu-pieds en hiver, des bottes en été. Normal.

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La ligne bis de Giambatista Valli, Giamba, propose un line-up d’escarpins irrésistible. Des étoiles, des planètes, des rouge à lèvres, des bouches : une armée pop et sexy.

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La vague Seventies sera très salée l’été prochain. Les sandales plateformes en seront le véritable leitmotiv, surtout avec des mélanges d’imprimés très forts et très colorés comme ici, toujours chez Giamba.

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Chez Toga Pulla, la nouvelle marque dans le vent, c’est symptomatique de notre époque : on mélange l’anatomique germanique avec du bijou texan et des motifs graphiques. On mixe, on touille avec brio, faut être visible, se faire remarquer, être dans l’oeil du viseur, augmenter sa visibilité, être regardé pour exister, être vu pour être aimé. On est fou, oui. Et les chaussures nous le murmurent.

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Ah ! Et au fait n°3 ! Cette bottine santiag ouverte est le modèle signature de Toga Pulla. J’en rêve, j’ai un faible pour les ‘tiags depuis le CM2. Le jour où Magali Leproux est arrivée à la cantine en mini jupe plissée à carreaux chaussée de bottes de cow-boy noires et blanches. Wahouuuu.

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Les Italiens ont cet amour déraisonné des perles, des broderies, des diamants et de tout ce qui brille. Comme ces Santiags Fausto Puglisi avé les vrais coquillages siouplaît.

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Ou ces escarpins de la marque Gedebe avec de discrets petits noeuds en strass pour réveiller une silhouette endormie.

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Oui, oui, je savais que vous vouliez les voir de plus près.

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Un coup de coeur, il est signé Gianico. Et je peux vous dire que toutes les-filles-de-la-mode adorent. Ça veut dire que si vous n’aimez pas, vous allez juste prendre un peu plus de temps, mais vous finirez par aimer (oui je sais je suis peste). Des rayures transat, des étoiles dans le cuir, des noeuds, un éclair de turquoise… C’est frais, c’est drôle, ça décoince, on rit, ahaha.

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Puisque je vous dis qu’elles donnent la banane ces pompes Giannico.

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Des fleurs avé des strass ok, MAIS c’est en bonnet de natation quand même. Regardez de près.

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Et quand ce ne sont pas des strass, ce sont des plumes. Tout simplement beau.

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Je vous diiiiiis qu’ils sont zinzins avec les strass. Ici, chez Kallisté.

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Je vous diiiiiis que la mode de l’été prochain, c’est les seventies. ici, encore chez Kallisté.

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Un dernier petit chouchou, vous allez en entendre parler : Oscar Tiye. Derrière ce nom de garçon se cache une jeune femme, Amina. Des chaussures dotées d’ailes du désir, on prend, non ?



S’il ne devait en rester qu’une.

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Le monde de la chaussure tremble.

Est-ce que vous vous souvenez du film Demolition Man avec Sylvester Stallone ?

Ce film merveilleusement nul et savoureux à la fois où Stallone est propulsé dans le futur (2032) et se confronte aux progrès de la civilisation. Outre les toilettes auto-nettoyantes, le sexe qui se fait par casque audio, ma scène préférée est celle où Sandra Bullock invite Stallone au restaurant. Elle est dans le même état d’excitation que s’ils allaient dîner chez Nobu à Los Angeles avec les Beckham. Elle se met sur son 31. Stallone est assez ravi à l’idée de se faire un bon gueuleton après 70 ans dans la glace. On s’attend à un lieu de dingue. Quand la voiture s’arrête, Bullock exulte, Stallone déchante et nous, on reste pétrifié. Ils vont chez Pizza Hut. Sandra Bullock explique alors qu’il y a eu une guerre des chaînes de restaurant si sanglante qu’une seule enseigne à survécu.

Pas de bol, c’est Pizza Hut qui a gagné. Dans ce nouveau monde du futur, le mot restaurant est synonyme de pizza dégueu, mais transposez cette situation de monopole aux chaussures, et avec Chanel. S’il ne devait rester qu’une paire ? Et si les shoes de La Méthode Obama existaient vraiment et qu’elles étaient signées Chanel ?

La maison a décidé de remettre sur les rails du cool son fameux escarpin bicolore. Cette vedette du style Auteuil-Neuilly-Passy-tel-est-notre-ghetto échoué dans notre imaginaire à la case Never. Une chaussure lancée en 1957 par Coco Chanel qui cherchait un point final à sa petite veste noire. Quelque chose qui aille avec tout, et surtout avec chic. Coco l’aimait car le beige allonge la jambe et la pointe noire dessine un petit pied (marrant ce canon de beauté désuet…).

L’escarpin bicolore était l’unique et seul modèle à défiler lors de la collection automne-hiver 2015. Comme si au marketing chez Chanel, ils avaient dit « Bon, réunion les gars. On a de l’or en barre. On possède l’un des souliers les plus célèbres au monde. Il a une vieil odeur d’encaustique, personne n’en veut, qu’à cela ne tienne, on va le réanimer.  » Résultat ? Dans la brasserie Gabrielle, toutes les élégantes bohème portaient cet escarpin en cuir bc’beige avec la pointe de noir. Sur le moment, j’avais le sentiment de me faire manipuler. Encore cette impression qu’on décide à ma place. Qu’on va me faire adorer tout ce que je rejetais avant. Je ne suis plus une enfant, tiens, j’regarde pas. La vérité ? Je ne pouvais pas détacher mes yeux de ces souliers.

La ligne est belle, le talon carré de 5 cm est confortable… J’ai décidé d’essayer. Mon cher et tendre a immédiatement hurlé au scandale, il n’était pas prêt. Leandra Medine quant à elle, ne les quitte plus (en même temps son site s’appelle quand même, encore et toujours Man Repeller = répulsif à homme). Ces chaussures, ce serait comme d’appeler son enfant Dieu, Jupiter, Rio de Janeiro ou encore Magellan : c’est chargé. Mais les sonorités sont belles. On trimballe une sacrée casserole de poncifs (pour ne pas dire de vieilles rombières du 7ème) mais il faut reconnaître que ces chaussures sont d’une efficacité troublante.

Avec Camille, ma cousine-stagiaire (oui oui), quand les chaussures sont arrivées au bureau pour qu’on les photographie et que j’ai glissé mon pied dedans, on s’est regardé en état de choc. C’était évident, c’était exactement ce que Coco disait :« On part le matin avec une beige et noir, on déjeune avec la beige et noir, on va à un cocktail avec la beige et noir. On est habillée du matin au soir ! ». Ces chaussures étaient comme des caméléons. On allait passer l’après-midi à les essayer avec tout.

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Avec une robe marinière pailletée noire très « Chanel », check.

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Avec un jean banal et une veste de mec, check.

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Avec un pull lamé et une jupe midi kaki, check.

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Avec une chemise blanche et un trench, check.

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Avec une tête de monstre, une roue de scooter, un camion de la voirie et un look Seventies, check. (J’ai longtemps hésité, mais après tout, je ne peux pas mettre que le meilleur, vous finiriez par me percer à jour).